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Le Rideau de BourgogneMonter un texte et le jouer partout en Bourgogne

Textes en scène

Porter les carnets de Lisieux à la scène

Photographie illustrant : porter les carnets de lisieux à la scène, scene preparee pour le magazine Le Rideau de Bourgogne.
Comment une équipe porte à la scène les carnets de Lisieux : lecture à voix haute, dialogue sobre, silence et adresse simple au public des villages.

Vous apprenez à monter les carnets de Lisieux en dialogue sobre où le silence porte le texte, avec une lumière simple et une place juste dans les villages autour de Cluny. Vous comprenez déjà que deux voix qui se répondent puis se taisent ensemble portent mieux le texte qu’une lecture continue dite d’un seul souffle.

Pourquoi le dialogue tient mieux que le récit seul ?

Quand vous portez un texte spirituel en solo, vous risquez de tout porter sur le même ton. Le dialogue vous oblige à changer d’adresse. Vous lisez une phrase comme une question, vous laissez un blanc, puis vous répondez depuis un autre endroit du plateau. Ce déplacement donne au public le temps de recevoir. L’idée rejoint une histoire plus large. Avant même la création du ministère de la Culture en 1959, la France avait lancé un mouvement de décentralisation théâtrale dont l’idée phare était de rendre la création accessible au plus grand nombre. Sur le terrain, ce choix s’est traduit par un maillage de scènes et d’équipements. Les lieux labellisés structurent encore la vie théâtrale sur l’ensemble du territoire, et votre forme légère en profite quand vous jouez hors des grandes villes.

Comment laisser le silence travailler dans une salle des fêtes ?

Dans une salle des fêtes, le silence n’est jamais vide. Vous entendez une chaise, un chauffage, une porte. Si vous jouez contre ces bruits, vous perdez. Si vous les laissez entrer, votre pause devient crédible. Vous dites trois lignes, vous fermez le carnet, vous regardez un point fixe, vous comptez quatre temps sans bouger. Puis vous reprenez plus bas. Les spectateurs comprennent que le texte continue en eux. Pour tenir cette sobriété, vous préparez vos silences comme vos répliques. Vous les écrivez au crayon dans la marge, avec une durée et une intention. Vous répétez avec un témoin qui vous dit si la pause tient ou si elle s’affaisse. Une lecture à voix haute des carnets gagne ainsi en clarté, parce que chaque arrêt marque une respiration du sens.

Que disent les carnets quand vous les lisez à deux voix ?

Les carnets de Lisieux se prêtent au dialogue parce qu’ils parlent à quelqu’un, même quand ils semblent parler à soi. Vous pouvez répartir les phrases entre une voix qui raconte le fait et une voix qui interroge le sens. L’une reste factuelle, l’autre cherche la portée. Vous n’avez pas besoin de costume pour marquer la différence. Un pas de côté, un changement d’angle du visage, une chaise déplacée de vingt centimètres suffisent. La page du ministère de la Culture ne publie pas de durée conseillée pour vos silences entre ces deux voix. Vous gardez donc vos propres repères. Vous essayez d’abord un silence court entre les répliques, puis un silence long avant le passage central. Vous notez celui qui laisse la salle attentive sans la mettre mal à l’aise.

Quelle lumière pour rester sobre devant la pierre ?

Dans un lieu patrimonial, vous n’avez pas à éclairer fort pour être vu. Vous éclairez juste pour être lu sur les visages. Une face douce depuis la salle et une découpe légère depuis le côté suffisent souvent à détacher votre silhouette du mur. Vous évitez les couleurs et les effets, vous gardez une intensité stable pendant les silences afin que l’ombre ne bouge pas quand la voix s’arrête. Cette économie rejoint ce que décrit le panorama du théâtre et des spectacles sur les missions de création et de diffusion confiées aux structures financées par l’État et les collectivités territoriales pour tous les publics, même éloignés de l’offre culturelle. Vous pouvez appliquer la même exigence à petite échelle. Vous vérifiez que le dernier rang voit vos yeux, vous baissez d’un cran si la lumière écrase le texte, vous notez le réglage pour la reprise.

Où placer votre corps quand le texte se tait ?

Le silence demande une tenue précise. Vous ne sortez pas du jeu, vous restez adressé. Les pieds ancrés, les mains posées sur le carnet, le regard offert sans chercher un visage en particulier. Si vous jouez en dialogue avec vous-même, vous gardez deux places distinctes au sol. Vous parlez la première voix face au public, vous tournez légèrement l’épaule pour la seconde, puis vous revenez au centre pour le silence commun. Ce plan simple évite la gesticulation. Il aide aussi dans les lieux exigus où vous ne pouvez pas reculer. La France compte aujourd’hui 4 théâtres nationaux dont 1 en région, 38 centres dramatiques nationaux, 13 centres nationaux des arts de la rue et de l’espace public, 14 pôles nationaux du cirque et 7 centres nationaux de la marionnette, avec 77 structures labellisées scène nationale et plus de 100 scènes conventionnées d’intérêt national pour la diffusion. Vous ne jouez pas ces plateaux-là, mais vous comprenez mieux où se situe votre forme de poche quand vous retenez ces ordres de grandeur.

Comment une petite forme trouve sa place hors des grands plateaux ?

Votre solo dialogué entre dans la vie théâtrale par la porte des équipes indépendantes. Le ministère de la Culture soutient chaque année plus de 600 équipes indépendantes de théâtre, de cirque, d’arts de la rue et de marionnettes, par des conventionnements pluriannuels ou par des aides au projet pour produire leurs spectacles. Ces équipes sont suivies par les Directions Régionales des Affaires Culturelles, elles renouvellent les esthétiques et permettent l’éclosion de nouveaux artistes, et elles peuvent aussi bénéficier d’aides à la résidence quand elles mènent un travail d’éducation artistique et culturelle auprès de publics divers. Pour la saison 2020-2021, en période de Covid, les théâtres nationaux ont donné 403 représentations devant 109 979 spectateurs. Vous mesurez là l’écart entre les grandes maisons et votre jauge de village. Votre atout reste la mobilité. Vous arrivez avec deux chaises, un lutrin et un jeu de lampes, vous montez en une heure dans des salles des fêtes et lieux de patrimoine, vous repartez sans laisser de trace.

Que garder pour votre prochaine lecture publique ?

Vous gardez peu d’effets et beaucoup de repères. Vous gardez le plan au sol, les deux adresses de voix, trois silences écrits et une lumière stable. Vous gardez aussi le cadre de formation qui entoure ces métiers. Dans le domaine du théâtre, des arts de la rue, du cirque et de la marionnette, le ministère de la Culture élabore la réglementation de l’enseignement initial et supérieur, et il accompagne la structuration des professions et de l’emploi ainsi que l’éducation artistique et la pratique en amateur. On dénombre 12 écoles supérieures d’art dramatique présentes sur le territoire, dont cinq liées à des centres dramatiques nationaux et une liée à un théâtre national, celui de Strasbourg, 3 écoles supérieures de cirque dont le Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne, une école nationale supérieure des arts de la marionnette à Charleville-Mézières, et la FAI-AR à Marseille pour les arts dans l’espace public, seule en Europe dans son domaine. Des classes préparatoires et des classes de seconde chance préparent l’entrée dans ces écoles, puis des dispositifs d’insertion accompagnent les jeunes artistes vers la vie professionnelle.

La page Théâtre, spectacles du ministère de la Culture présente l’action publique pour le théâtre, les arts de la rue, le cirque et la marionnette. Vous y trouvez les chiffres des lieux labellisés et des compagnies soutenues, les principes du soutien à la création et à la diffusion, et les repères sur la formation, l’insertion et l’éducation artistique. Vous pouvez y vérifier ces données avant de caler votre conduite de silence.